Quel regard portent les Français sur la réforme ...avant la réforme ?

Fafsea Fafsea - il y a 9 mois

À l’occasion du Salon de l’Agriculture 2018, et quelques jours avant d’importantes déclarations de Muriel Pénicaud, le FAFSEA* a présenté le 1er mars les résultats d’une étude menée fin janvier – selon la méthode des quotas - auprès de plus de 1 500 Français âgés de 15 à 64 ans, et d’un sous-échantillon rural. L'objectif ? Connaître leur opinion sur le système actuel de formation ainsi que sur le contenu implicite ou explicite de la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Cette réforme est en effet un chantier majeur du gouvernement qui devrait être présenté au printemps. Elle vise à augmenter l’investissement en formation notamment vers les cibles peu qualifiées et les jeunes éloignés de l’emploi, simplifier l’accès à la formation, et responsabiliser les individus pour se former tout au long de la vie. · Quelle est la perception des Français par rapport à la formation professionnelle et aux formations en alternance AVANT cette réforme ? · Comment appréhendent-ils le contenu et la philosophie de cette réforme ? Quelles sont les attentes des Français ? · Quelles sont les convergences par rapport à l’esprit de la réforme ? · Quelles limites ne souhaitent-ils pas voir franchir par rapport aux mesures envisagées

Sondage 2018 Fafsea confié à BVA : "Le regard des Français sur la réforme de la formation professionnelle & de l'apprentissage".

Enseignement n° 1/

La formation professionnelle : un dispositif toujours populaire et dont les formés ont une bonne expérience

  • Plus de trois quarts des Français de 15 à 64 ans (y compris des ruraux) ont une bonne image de la formation professionnelle (77%, -2 pts). Une image positive qui est d’autant plus notable auprès des 18-24 ans (91%) et des salariés du privé (81%). A noter que les CSP- en ont une meilleure image (80%) que les CSP+ (73 %).

  • Mais une image qui pourrait s’améliorer en densifiant l’information : 58% des 15-64 ans (61% des ruraux) estiment être mal informés sur la formation professionnelle. A l’inverse, 39% des Français interrogés (35% des ruraux) se sentent « bien informés », un score qui progresse de 8 points en un an (7 points pour les ruraux). Notons que les personnes ayant le sentiment de ne pas être assez informées souhaiteraient avant tout recevoir des informations de la part de leur employeur (64% au global, 81% pour les salariés) ou bien de l’Etat (59%), les OPCA ou OPACIF étant cités à hauteur de 20% et Pôle emploi à hauteur de 30%. La population globale place quant à elle plutôt les organismes de formation (60%) et les entreprises (56%) en tête des acteurs les plus à même d’informer sur les dispositifs et les modalités d’accès à la formation. En léger retrait, l’Etat arrive en troisième position (48%).


  • L’alternance, un dispositif qui séduit globalement près de 8 personnes sur 10 en France et notamment la tranche des 18-24 ans (87% de ces jeunes ont une bonne opinion du contrat d’apprentissage et 85% ont une bonne opinion du contrat de professionnalisation). En milieu rural, l’opinion positive au sujet du contrat de professionnalisation progresse de 19 points en un an.


  • Le fait de se former tout au long de sa carrière est important pour la quasi-totalité des personnes interrogées (96%) et même « très important » pour plus d’une personne sur deux (54%), expliquant en partie l’image positive de la formation professionnelle. Une proportion moindre des ruraux (51%) accorde de l’importance à la formation tout au long de la vie.


  • La formation professionnelle est ancrée dans les habitudes : 71% des 15-64 ans ont déclaré avoir déjà suivi au moins une formation depuis le début de leur carrière. Dans le détail, les cadres semblent en avoir particulièrement bénéficié (62 %). Dans le secteur public, ce chiffre s’élève à 63 %.


  • La formation professionnelle est appréciée par les personnes ayant au moins suivi une formation. 85% se disent satisfaites des formations suivies. Plus précisément, 85% ont trouvé qu’elles étaient adaptées à leurs besoins et 76% qu’elles leur ont permis de progresser professionnellement (86% pour les 18-24 ans et 80% pour les salariés du secteur privé).

 

Enseignement n° 2/

42% des Français ont un projet de formation, surtout pour approfondir des connaissances ou se ré-orienter

  • La formation professionnelle est utilisée de façon ponctuelle. 42% des Français âgés de 15 à 64 ans a un projet de formation, notamment les 18-24 ans (58%) et les cadres (54%). Les habitants de communes rurales ne sont que 39% à déclarer souhaiter se former dans les deux ans. 53% d’entre eux n’ont pas de projet de formation.


  • Les motivations des interviewés ayant un projet de formation sont d’approfondir leurs compétences afin de conserver leur employabilité (41%). Une proportion très proche de la reconversion professionnelle (37%). La recherche du diplôme ou de la certification est importante (31%). 34% des employés espèrent une promotion après la formation contre 26% au global. Vis-à-vis du chômage, seuls 10% des 15-64 ans souhaitent se former pour retrouver un emploi. Cette proportion s’élève à 19% en milieu rural.


  • Quant aux 15-64 ans qui n’ont aucun projet de formation pour les deux prochaines années, ils avancent surtout la justification selon laquelle ils n’en auraient pas besoin (40%), loin devant leur manque d’information (24%) ou bien encore un manque de temps (19%) ou d’argent (19%).

 

Enseignement n° 3

Une réforme connue, attendue, mais dont les contours précis restent flous. Et une bonne moitié de la population qui place le développement de l’alternance parmi les priorités absolues.

  • 6 Français sur 10 âgés de 15-64 ans ont entendu parler de la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage, notamment les cadres (71%) et les seniors de 50 à 64 ans (71%). Toutefois, seuls 10% savent précisément de quoi il s’agit.


  • Une réforme qui serait nécessaire, l’ensemble des pistes envisagées étant importantes aux yeux des répondants. Dans le détail, les employés et les 50-64 ans sont les publics les plus en attente de la réforme.


  • Quand on leur demande de dire si les quatre pistes suivantes sont prioritaires, importantes ou secondaires, c’est l’augmentation du nombre de formations en alternance qui vient en tête des priorités pour plus de la moitié de la population (52%).

    • Viennent ensuite, à égalité (40%) : la création d’un site d’orientation où l’on retrouverait l’ensemble des formations accessibles en CPF avec des notes données par les stagiaires, et le fait de réserver les financements de la formation en priorité aux demandeurs d’emploi et aux personnes les moins qualifiées. A l’inverse, il est à noter que le fléchage des financements de la formation vers les demandeurs d’emploi et les personnes les moins formées est jugé secondaire par une proportion non négligeable (17% des sondés). Ce résultat est sans doute à rapprocher du souhait des actifs de travailler leur employabilité tout au long de la vie.

    • La 4ème piste proposée «d’accorder plus d’importance au CPF et aux formations courtes» est considérée comme prioritaire par 34% des personnes interrogées, 44% la jugeant importante. Preuve que l’avis sur l’utilité de réduire les financements des formations longues (CIF) au profit de formations plus courtes (CPF) reste floue dans les esprits, seulement 7% des personnes interrogées jugent prioritaire la suppression du CIF, 46% jugent même cette mesure secondaire et 30% ne se prononcent pas à son sujet.

Enseignement n° 4/

Des avis partagés sur l’usage d’Internet et l’autonomie donnée à l’individu, une ouverture sur la formation hors temps de travail, et une large majorité en faveur d’un conseil personnalisé avant la formation

  • Pour une large majorité des 15-64 ans, la formation professionnelle serait plus attractive si elle s’adaptait mieux à son public au travers d’un conseil personnalisé avant la formation (72%), ce score s’élevant à 76% chez les femmes.


  • L’idée de s’orienter seul avant la formation, par exemple sur Internet de manière autonome sans l’aide d’un professionnel, recueille une bonne moitié (54%) des faveurs de la population. Mais seulement un quart (26%) y trouverait un renforcement de son envie de suivre une formation.


  • La formation effectuée uniquement sur Internet ne recueille que les faveurs de 26% des répondants (23% des ruraux). 2/3 des Français jugent même que ce serait une mauvaise chose. 67% préfèrent être en face à face avec un formateur ou avoir une aide en face d’eux. En revanche, 46% sont ouverts à des formations mixtes (présentiel + à distance sur Internet). 30% des 25-34 ans jugent que ce serait une bonne chose de développer la formation 100% sur Internet. La moitié des ruraux (49%) pensent qu’Internet permet une moins bonne pratique des apprentissages.


  • La formation serait plus attractive si les réponses aux demandes de formation étaient réalisées dans des délais plus réduits (73%). Dans le détail, ce pourcentage s’élève à 81% chez les indépendants et les chefs d’entreprise, contre 74% chez les salariés et 68% chez les demandeurs d’emploi.


  • Pouvoir se former hors temps de travail sur son temps libre conviendrait à 58% des 15-64 ans, et surtout aux moins de 35 ans. Moins d’un tiers (32%) des 15-64 ans y trouveraient une motivation supplémentaire pour suivre une formation. La formation hors temps de travail a surtout la faveur des indépendants et des chefs d’entreprise (53% seraient plus motivés).


  • Les deux tiers (65%) des 15-64 ans, tous statuts confondus, ne trouveraient pas de motivation supplémentaire à suivre une formation si on imposait aux salariés de financer eux-mêmes une partie de leur formation, y compris en monétisant des journées de RTT.


  • Les 3 principaux leviers qui renforceraient l’envie de suivre une formation sont : la réduction des délais de réponse aux demandes, le conseil personnalisé en face à face ou par téléphone ou par email avec un référent, et l’accès libre au niveau national à un site Internet ou à une application smartphone listant tous les centres de formation par listes et par programmes notés par les stagiaires. 

      Enseignement n° 5/

Financer soi-même une partie de leur formation professionnelle n’intéresse pas les 15-64 ans

  • À propos du financement de la formation professionnelle, selon les 15-64 ans, il serait nécessaire de faciliter la formation sans condition de revenus (85%).


  • A noter que parmi les personnes ne souhaitant pas se former dans les deux ans, le financement reste le troisième frein cité (19%), surtout chez les moins de 35 ans (26%) après le manque de besoin ou d’utilité de la formation (40%) et le manque d’information sur ce qui existe (24%). L’éloignement du domicile ne compte que pour 6% des réponses et l’opposition de l’employeur pour 4%.


  • S’ils devaient suivre une formation professionnelle, près des deux tiers des 15-64 ans (64%) ne seraient pas prêts à en financer eux-mêmes une partie. Un manque de moyens financiers surtout ressenti par les ouvriers (72%), les personnes âgées de 35 ans et plus (70%) et les chômeurs (72%). Mais un avis également partagé par deux tiers des salariés (66%).


  • Concernant les personnes prêtes à payer (31%), notons qu’une large majorité tend à sous-estimer le coût d’une formation professionnelle : 85% ne débourseraient que moins de 1 000€ et 49% moins de 500 euros (notamment les CSP- et les personnes ayant au moins un enfant de moins de 15 ans). Seuls 10% des 15-64 ans seraient prêts à dépenser plus de 1000 euros pour se former et seulement 1% plus de 4000 euros.

 

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Communiqué de presse du Fafsea 

Infographie 


Vidéo du directeur du Fafsea chez Sud radio au sujet du sondage (3 mars 2018) 


©fafsea  Légende photo /1er mars 2018 : salon de l'agriculture, Erwan Lestrohan, directeur de clientèle de BVA Opinion, commente le sondage commandé par le Fafsea, en partenariat avec Les Echos, lors d'une conférence de presse organisée par le Fafsea.


* Le FAFSEA (Fonds national Assurance Formation des Salariés des Exploitations et entreprises Agricoles) est un OPCA – OPACIF – OCTA interbranches créé en 1972 qui conseille et accompagne les entreprises et les actifs des secteurs du monde rural et agricole pour financer les actions de formation et développer les compétences. Il développe et met en œuvre les qualifications à destination de l’ensemble de ses entreprises adhérentes (95% de TPE) et de leurs collaborateurs.

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