“Main d’œuvre qualifiée: une source de compétitivité majeure”

Fafsea Fafsea - il y a 18 mois

Interview de Carine Chevrier, Déléguée générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP), ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social.

Comment se déroule l’application de la réforme de 2014 ?
La réforme n’est pas un « big bang » du système de formation professionnelle, mais des mutations profondes ont été lancées. Son appropriation est progressive dans les entreprises, avec la fin de l’obligation de dépenser et la promotion de la formation comme investissement social. Toutefois, le compte personnel de formation, mis en oeuvre de façon effective depuis le 1er janvier 2015, poursuit sa montée en charge à un rythme soutenu. Les formations les plus mobilisées pour les demandeurs sont celles correspondant à l’acquisition d’un socle de connaissances et de compétences adapté au milieu professionnel, le titre interprofessionnel CléA. S’agissant du conseil en évolution professionnelle, 732 195 personnes en ont bénéficié en 2015. La montée en charge doit se poursuivre, mais avec un effort de professionnalisation.

Compte tenu des retours du terrain, le texte évoluera-t-il dans un avenir proche ?
Nous sommes engagés dans une démarche d’amélioration continue. Depuis ma prise de fonction en janvier, j’ai reçu beaucoup d’acteurs du monde économique, des représentants des salariés, des OPCA, des organismes de formation, des DRH aussi. Nous sommes par ailleurs en contact régulier avec l’Association des régions de France et avec Pôle emploi. Je vois bien que beaucoup d’idées circulent, mais il y a aussi un état d’esprit qui se dégage : celui de prendre le temps d’aller au bout de la réforme de 2014.

Les salariés ne s’approprient pas rapidement le CPF : faut-il le modifier ?
Nous sommes à près de 100 000 actions de formation via le CPF chez les salariés, la montée en charge est aujourd’hui réelle. Je rappelle que la première campagne d’alimentation des comptes de droits CPF pour les salariés, qui a débuté en février 2016, est finalisée depuis le 27 mai : 28 millions de comptes sont alimentés.

En période de crise, l’investissement en formation fait partie des premières coupes budgétaires. Comment contrecarrer ce phénomène ?
Les entreprises prennent leurs responsabilités et font souvent de très bons choix. Les études prouvent la nécessité de la formation, que certains appellent « investissement dans le capital humain », pour développer son plan d’activité, transmettre les savoir-faire, conserver ou conquérir des marchés, innover dans les process ou dans les produits, dans un monde qui évolue à grande vitesse. La modularisation des formations doit permettre aussi d’optimiser les coûts dans certains cas.

Dans le contexte actuel, quel lien faites-vous entre formation et emploi ?
Il n’y a pas de lien mécanique entre formation et emploi, même si, sur certains secteurs d’activité et sur les niveaux pré-Bac, les formations professionnelles, initiales ou continues, débouchent plus naturellement sur des emplois visant les mêmes secteurs que la formation suivie. Au-delà des débats d’experts, il y a une réalité centrale : développer l’employabilité passe, entre autres, par la formation. Et renforcer le poids de chacun sur le marché du travail, dans un monde confronté à de forts défis économiques ou technologiques, est un pari gagnant. Ça vaut pour les entreprises agricoles. Se repositionner sur des marchés à plus forte valeur ajoutée, prendre en compte les nouvelles exigences de sécurité alimentaire et sanitaire, bref, développer l’agro-écologie, cela nécessite un effort important d’identification et d’adaptation des compétences nécessaires. Sur ce volet, le Fafsea a un rôle central à jouer dans l’offre de service, notamment aux PME.

Que diriez-vous aux entreprises pour les encourager à former leurs salariés ?
Les TPE et les PME manifestent une attention croissante, davantage même que les grandes entreprises, aux effets de la formation sur leur performance globale. La qualification de la main-d’oeuvre constitue une source de compétitivité majeure, si l’on veut prendre le tournant de l’économie de la connaissance. La réforme de mars 2014 a pour but de créer de meilleures conditions pour relever ces défis : elle consacre d’un certain point de vue l’investissement formation des entreprises de plus de 300 salariés ; elle renforce les OPCA dans leur fonction d’accompagnement auprès des TPE-PME en appui à la construction de leur politique de formation. La logique est aussi de favoriser les innovations pour diversifier les modalités d’acquisition de compétences et d’accès à la qualification. Le Fafsea est d’ailleurs partie prenante d’une expérimentation, initiée par la DGEFP, le Copanef et le FPSPP, visant le soutien au développement des formations en situation de travail dans les TPE-PME. Cette formule est particulièrement adaptée aux contraintes de la petite entreprise, vu les difficultés à remplacer un salarié le temps de la formation.

Dans le secteur agricole, qu’est-ce que la formation peut apporter ?
L’agriculture subit aussi de douloureuses crises conjoncturelles, comme celle générée par l’épizootie de grippe aviaire, qui a stoppé l’activité d’une grande partie du secteur pendant plusieurs mois. Néanmoins, le baromètre de conjoncture sur l’emploi agricole montre que le niveau de l’emploi reste stable : chaque année, l’agriculture recrute 50 000 CDI et 1,2 million de CDD saisonniers. Ces derniers ont un très faible niveau de qualification professionnelle et se destinent majoritairement aux travaux de cueillette et de récolte. La formation est un moyen de sécuriser les parcours professionnels de ces saisonniers.
Nous contacter
Partager Viadeo Partager